Ce texte a-t-il encore un auteur — ou plusieurs ?
Vous avez reçu un rapport la semaine dernière. Il était clair, bien construit, livré dans les délais.
En le lisant, une question vous a traversé l’esprit :
Est-ce bien la personne qui me l’a transmis qui l’a rédigé ?
Vous ne l’avez pas posée. Elle aurait ressemblé à une accusation. Et celui ou celle à qui vous l’auriez adressée n’aurait trouvé aucune bonne réponse.
Dire « oui » aurait peut-être été faux.
Dire « avec une intelligence artificielle » n’aurait rien expliqué.
Dire « avec telle personne » aurait appelé une double signature.
Dire « non » aurait effacé le travail réellement accompli — celui de la personne qui avait dirigé la production comme celui des intelligences, humaines ou artificielles, qui y avaient contribué.
Nous posons encore une question ancienne à une production devenue nouvelle. Nous cherchons un auteur unique là où il existe désormais une composition de contributions, une direction et un arbitrage.
La bonne question n’est plus seulement : qui a rédigé ?
Elle devient : comment ce texte a-t-il été produit, qui a décidé et qui en répond ?
« Produit avec l’IA » ne veut rien dire
Cette formule recouvre des réalités radicalement différentes.
Elle peut désigner trois lignes reformulées, une recherche documentaire, un plan mis à l’épreuve, une première rédaction entièrement reprise ou un texte généré puis publié sans relecture.
Ces productions ne mobilisent ni le même travail, ni le même jugement, ni la même responsabilité. Pourtant, une seule expression les enferme toutes.
Ce manque de précision nourrit le soupçon. Le professionnel qui passe quinze heures à construire un référentiel de certification, confronte deux systèmes, écarte leurs erreurs et assume chaque choix se retrouve dans la même catégorie que celui qui copie-colle une réponse obtenue en six minutes.
Le problème ne vient donc pas de l’usage de l’intelligence artificielle.
Il vient de notre incapacité à le décrire honnêtement.
Six manières de composer une production
Nous proposons une notation volontairement simple :
- IH : une intelligence humaine ;
- IA : une intelligence artificielle ;
- IHA : une intelligence humaine avec une intelligence artificielle ;
- IH²A : deux intelligences humaines avec une intelligence artificielle ;
- IHA² : une intelligence humaine avec deux intelligences artificielles ;
- IH²A² : deux intelligences humaines avec deux intelligences artificielles.
Ces six signatures ne mesurent ni la qualité ni la quantité de travail fourni. Elles ne décernent aucun mérite. Elles rendent visible la composition d’une production.
L’exposant compte les contributeurs. Il ne distribue pas les responsabilités.
L’ordre lui-même exprime un principe : H précède A lorsqu’ils sont associés.
Mais la signature IA ne signifie pas nécessairement qu’aucune personne n’a commandé, autorisé ou publié la production. Elle indique seulement qu’aucune intelligence humaine n’a contribué à sa fabrication.
La composition et la gouvernance ne doivent donc pas être confondues.
Compter ne suffit pas : la ligne de production fait foi
La notation ne règle pas, à elle seule, le problème posé plus haut. Le référentiel élaboré en quinze heures et le copier-coller réalisé en six minutes peuvent tous deux être signés IHA.
Compter les intelligences présentes ne dit pas ce qu’elles ont fait.
La notation est un raccourci. La ligne de production décrit les rôles :
Cet article a été conçu et rédigé en IHA²
Direction et arbitrage : la Michel — Michel Baujard — 3F.FR · MESCERTIFS.FR · CFSPLUS.FR
Proposition initiale : la Glaude — Claude Opus 5 — Anthropic
Réécriture critique : la Foxynette — Codex dans ChatGPT Work — OpenAI



Cette ligne en dit davantage que « produit avec l’IA ». Elle montre que deux systèmes ont contribué, que leurs interventions ont été différentes et qu’une personne a fixé la direction.
Le sigle se lit d’un coup d’œil dans un générique, un pied de page ou une métadonnée. La ligne se lit lorsqu’on veut comprendre la fabrication. Les deux vont ensemble et, en cas de doute, la ligne de production fait foi.
Elle dissipe au passage une fiction : celle d’un auteur qui prétendrait avoir personnellement fabriqué chaque phrase alors que son travail réel a consisté à commander, contester, sélectionner, réorganiser, corriger, rédiger et décider.
Ce travail n’est pas inférieur à l’écriture.
Il devient une autre manière d’être auteur.
Ce que cela change, concrètement
Un référentiel de certification signé IHA² annonce qu’une personne a conduit le travail avec deux intelligences artificielles, comparé les propositions de tous les contributeurs, écarté certaines réponses, et tranché.
Un rapport d’audit signé IH indique qu’une personne l’a produit seule, avec son expérience et son jugement.
Une note signée IH²A² révèle le travail conjoint de deux personnes et de deux systèmes, sous une gouvernance explicitée dans la ligne de production.
Dans aucun de ces cas la mention ne diminue les auteurs ou les contributeurs. Elle informe.
C’est un générique de fin, pas un aveu — et un générique n’a jamais réduit le mérite d’un réalisateur.
L’auteur est celui qui répond
Une intelligence artificielle peut proposer une formule, construire un raisonnement et contredire une première version.
Elle ne répond pourtant ni devant un lecteur, ni devant un client, ni devant un juge.
La responsabilité ne se calcule pas au nombre de mots produits. Elle appartient à celui qui donne l’intention, exerce son jugement, arrête la version et la signe.
L’IA propose ; l’IH conduit, arbitre et assume.
L’intelligence artificielle ne fait donc pas disparaître l’auteur. Elle oblige à le redéfinir.
L’auteur n’est plus nécessairement celui qui a posé chaque mot. Il est celui qui peut expliquer ses choix et répondre du résultat.
Lorsque plusieurs intelligences humaines dirigent et signent ensemble, cette responsabilité peut naturellement être partagée entre elles. Elle ne peut pas être transférée à la machine.
IHAO : organiser la contradiction
Faire intervenir plusieurs intelligences artificielles ne consiste pas à additionner leurs réponses.
L’une rédige. L’autre cherche la faille, conteste l’angle ou propose une autre architecture. L’humain confronte, refuse, combine, ajoute, retire et tranche.
Cette organisation porte un nom : IHAO, intelligence humano-artificielle orchestrée.
L’orchestration commence lorsque l’humain ne demande plus seulement une réponse à une machine, mais construit une méthode de travail entre plusieurs contributeurs humains et artificiels.
La contradiction y devient une ressource : on ne fait pas travailler deux systèmes pour obtenir deux fois la même chose.
Encore faut-il que quelqu’un conserve la direction.
Sans arbitrage humain, plusieurs intelligences artificielles produisent plusieurs réponses.
Avec lui, elles peuvent contribuer à une œuvre.
L’IHAO ne consiste donc pas à accumuler les contributions, mais à placer la bonne pierre, au bon endroit et au bon moment.
L’IA la Glaude propose des pierres. L’IA la Foxynette les éprouve. L’IH la Michel rectifie si besoin et choisit lesquelles appartiennent au temple.
Une mention déclarative, pas une preuve
Une objection vient aussitôt : rien n’empêche quelqu’un de signer IH un texte entièrement produit par une intelligence artificielle.
C’est exact.
La mention est déclarative, comme une déclaration de liens d’intérêt, une indication de source ou une note méthodologique. Elle n’empêche pas de mentir.
Elle rend le mensonge nommable.
Une signature IH apposée sur un texte entièrement généré devient une déclaration inexacte que l’on peut contester, corriger ou reprocher.
Une règle de transparence ne fonctionne pas seulement parce qu’elle contraint. Elle fonctionne parce qu’elle rend l’écart visible.
Ce qui existe déjà — et ce que nous ajoutons
Le terrain n’est pas vierge.
Dans la publication scientifique, la taxonomie CRediT décrit quatorze rôles possibles dans une production de recherche : conceptualisation, méthodologie, rédaction, supervision et autres contributions.
Elle répond déjà à une partie du problème : reconnaître les contributions au lieu de laisser croire qu’un auteur unique aurait tout accompli.
Mais elle a été conçue pour la recherche scientifique et pour décrire principalement les rôles de personnes. Elle ne constitue pas une signature simple de la composition humano-artificielle d’une production professionnelle.
La notation IHA et la méthode IHAO visent ce second monde : celui des rapports, audits, référentiels de certification, notes de conseil et productions ordinaires.
Personne n’y remplira nécessairement une taxonomie de quatorze rôles. Chacun peut en revanche inscrire quelques caractères et une ligne de production.
Signer pour sortir du soupçon
La notation IHA n’est ni un label de qualité ni un certificat de vérité.
Elle accomplit quelque chose de plus simple et de plus urgent : elle rend la production lisible.
Elle permet au lecteur de savoir combien d’intelligences ont contribué, quels rôles leur ont été confiés et quelle personne assume le résultat.
Nous pouvons continuer à demander, avec méfiance :
Qui a vraiment rédigé ce texte ?
Nous pouvons aussi poser une question plus féconde :
Qui l’a dirigé, comment a-t-il été produit et qui accepte d’en répondre ?
C’est à cette question que la notation IHA et la méthode IHAO veulent apporter un vocabulaire.
Les prochains articles préciseront comment compter les contributions, comment signer une production et comment inscrire cette mention dans les métadonnées d’un document afin qu’elle soit lisible par une machine autant que par un lecteur.
L’essentiel tient aujourd’hui en une phrase :
Nommer la coopération pour mieux reconnaître les contributions et identifier celui qui en répond.
La notation IHA et la méthode IHAO ont fait l’objet d’une enveloppe e-Soleau déposée à l’INPI le 7 août 2026 sous le numéro DSO2026028606, qui en établit l’antériorité.
Article du 17 août 2026 produit en IHA² — Direction éditoriale, arbitrage, écriture, corrections et version définitive : la Michel — IH de Michel Baujard — 3F.FR · MESCERTIFS.FR · CFSPLUS.FR ; Proposition initiale et contradiction : la Glaude — IA de Claude Opus 5 — Anthropic ; Réécriture critique, correction éditoriale et synthèse : la Foxynette — IA Codex dans ChatGPT Work — OpenAI.
